Susceptible d'être un cynique mélange d'idées, de nouvelles sur les travaux intéressants (si j'en trouve) de nos gouvernements et d'élans philosophiques aussi sarcastiques que provocateurs, j'espère que je pourrai déranger notre culture politique, aussi amorphe que le sens de l'humour de Stephen Harper.

dimanche, novembre 05, 2006

En mémoire de Saddam Hussein

Les médias d'information modernes ont une capacité d'attention généralement chiffrée en secondes. Tout ce qui s'est passé il y a plus d'une heure est toujours une nouvelle à chaque fois qu'on le rappelle. Une chose que les départements de journalisme ne semblent pas enseigner à leurs étudiants est de donner le contexte d'une nouvelle.

Avec les technologies modernes et la recherche sur le Web, de Google aux nombreux services de recherche spécialisés pour les journalistes, il n'y a aucune excuse pour ne pas présenter le contexte complet d'une nouvelle.

La nouvelle est tombée: Saddam Hussein sera condamné à mort par pendaison. Rien de surprenant là-dedans et dans l'ensemble une bonne nouvelle. Un dictature sera jugé et exécuté pour ses crimes. Les quelques milliers d'autres qui ont massacré leur part d'innocents au cours du 20e siècle s'en sortent tous indemnes, incluant Pinochet, Taylor et autres. Mais un sera jugé, c'est important. Non?

Personnellement j'aurais préféré une punition à la Little Nicky, où la punition d'Hitler est un ananas quotidien bien profond dans le colon vêtu d'un tutu rose. C'est pas mal plus satisfaisant comme punition, avec sa dose d'humiliation, une punition intéressante pour l'égo d'un dictateur, et ça dure pas mal plus longtemps. J'aurais ajouté l'obligation d'écouter South Park le film, où Saddam est savamment humilié, en continu jusqu'à son dernier souffle.

Mais il est évident que cet évènement est une occasion intéressante de rappeler l'histoire de Saddam Hussein, par exemple comment il a été armé, entrainé et reçu le support financier et militaire des États-Unis pendant 30 ans.

Mais c'est compliqué. Il faut effectuer toutes sortes de recherches et ça demande de vérifier les sources, peut-être même consulter un historien et autres tâches apparemment trop difficiles pour un journaliste.

Surtout quand un des grands fils de presse, UPI, fournit toute l'histoire à ceux qui veulent bien l'utiliser. Bien sur quelques journaux la reproduiront, mais ne compter pas sur la majorité pour le faire. La nouvelle sur le site de Radio-Canada cite par exemple ceci comme contexte: Hussein a dirigé l'Irak de 1979 à 2003, moment de l'invasion américaine qui a conduit à la chute de son régime.

Pas de mention que Saddam est venu au pouvoir avec le soutien de la CIA, qui cherchait à renverser le dictateur au pouvoir à cet époque: le Général Abd al-Karim Qasim. Pas de mention que Saddam avait été entrainé et financé, comme bin Laden, par la CIA dans l'obsession américaine envers le communisme. Pas de mention non plus que pendant la guerre Iraq-Iran, de 1980 à 1988, alors que des centaines de milliers sont morts, les États-Unis ont fourni des informations stratégiques pour aider Saddam à repousser les attaques iraniennes.

Exactement comme bin Laden, qui avait été entrainé par la CIA pour combattre l'invasion soviétique en Afghanistan durant la même période que la guerre Irak-Iran, Saddam a été en quelque sorte un chien d'attaque qui s'est retourné contre son maitre. Ca arrive tellement souvent avec les fous à lier que les "réalistes" politiques, "experts" américains de la politique étrangère, considèrent un moindre mal au sein d'un système politique international anarchique. Quel bande de clowns que les politologues.

Qu'est-ce que ça prend pour que les politiciens de tous les pays perdent à jamais le bénéfice du doute? Qu'est-ce que ça prend pour qu'on les surveille aussi étroitement qu'un enfant, comme il se doit?

Il me semble qu'un pyromane on ne lui donne pas un bidon de gaz et les clefs d'une maison dont les propriétaires sont absents. On ne donne pas non plus une bouteille de vodka et les clefs d'une BMW à un chauffard.

Pourquoi alors on donne aux politiciens le droit de travailler en secret? Le comble de la stupidité est de refaire exactement la même chose et attendre un résultat différent. Est-ce qu'on peut arrêter d'être stupides et surveiller tout ce que nos politiciens font, seule façon de savoir ce qu'ils font avec les milliers de dollars qu'on leur donne chaque année?

Quelle leçon tirer en mémoire de Saddam Hussein? Les mêmes erreurs se répètent continuellement en politique. Mais ce n'est pas du tout un fatalisme, comme beaucoup aiment argument avec poésie. C'est plutôt parce que les conditions qui permettent aux égomaniaques et aspirants dictateurs sont encore présente, même après 2500 ans d'évidence ferme qu'on ne devrait jamais donner le droit à un politicien de prendre la moindre décision en secret.

L'histoire ne se répète pas. Des acteurs différents ne font que jouer le même scénario en espérant des résultats différents. La politique est cruellement le domaine le plus primitif de l'humanité.

Et comme chialer sans donner de solutions est une perte de temps, voici les miennes: Pour un Québec moderne.

vendredi, novembre 03, 2006

Le modèle québécois: si ça marchait, on le saurait

Excellente émission de Dutrizac (ouf, le site de tqs est plutôt horrible...) hier soir, qui a accueilli deux citoyens qui ont réalisé un documentaire sur le modèle québécois. L'illusion tranquille — Le modèle québécois: si ça marchait, on le saurait, promet de faire exploser bien des têtes étouffées par des illusions de solidarité sociale qui ne sont grossèrement que de la rhétorique non accomplie.

Malades dans les couloirs, industries massacrées par les économies en émergence, un des pires niveau de pollution au monde et des dérangements sociaux, notamment un des plus hauts taux de suicide, qui rappellent que notre complaisance et notre croyance en notre richesse sociale ne sont qu'illusion.

Le Québec est pauvre, et pas juste financièrement. Nos industries vont mourir dans quelques années si on ne fait pas un virage industriel majeur en direction d'une modernisation massive et les coûts de gestion de la société ne vont qu'empirer si on n'est pas capables de développer de meilleurs leaders politiques.

Et même si ça sonne très dramatique tout ça, la situation est loin d'être désespérée. Tout ce qui importe est qu'on mette de l'ordre dans notre contrat social, puisqu'il est voué à un échec lamentable. Il est très loin d'être trop tard, l'important est qu'on le réalise rapidement.

Je n'ai pas encore vu le documentaire, les cinéastes sont à la recherche d'un distributeur, mais attends impatiamment sa sortie. Dissiper les illusions est une étape importante pour régler un problème. C'est une chose de parler des problèmes en termes bien dramatiques, mais ce sont les faits qui importent en bout de ligne.

Ce dont nous avons besoin, c'est des solutions concrètes. Nous avons besoin de solutions Pour un Québec moderne.

Temps de moderniser la propriété intellectuelle

J'ai argumenté sur la nécessité de réformer les systèmes de propriété intellectuelle dans le cadre de mes écrits à l'Institut Économie, Science et Communication. Voilà qu'une étude commanditée par la BBC, la Librairie nationale britannique et le Conseil du film du Royaume Uni recommande une réévaluation en grand des principes directeurs de la propriété intellectuelle.

L'industrie moderne, basé sur l'information, la communication et les relations organisationnelles est complètement incompatible avec les lois qui régissent la propriété intellectuelle de l'ère industrielle. Ces lois sont davantage un frein pour l'économie mondiale et protègent les acquis d'une minorité au détriment de l'humanité.

Le rapport recommande de réévaluer entièrement l'approche sur la propriété intellectuelle, notamment que la connaissance soit reconnue comme un bien public avant d'être un droit individuel. 4 modèles sont présentés, passant de la restriction totale à un "cyber-socialisme". Le Royaume Uni se trouve fondamentalement au deuxième niveau, que le Canada partage timidement avec des effluves du modèle américain, le plus primitif. Le rapport recommande clairement le passage du deuxième niveau au troisième, à savoir la primauté du bien collectif sur la propritété privée de la connaissance.

Je recommande une telle approche pour moderniser la propriété intellectuelle au Québec et espère que le débat qui fera rage au Royaume Uni crééra un entrain ici, où nous sommes beaucoup trop lèche-bottes envers les pressions des législateurs américains, essentiellement contrôlés par les lobbyistes des grands médias mettant davantage d'efforts à contrôler leurs maigres créations qu'à en créer de nouvelles.

La connaissance est un processus créatif, collectif et qui n'est jamais le résultat d'un travail individuel. Il n'y a aucune raison pourquoi la connaissance devrait être enchaînée comme elle l'est sous les lois actuelles, alors que les protections individuelles sont contraires à leur développement.

Ce que je favorise est l'obligation légale que le créateur d'une propriété intellectuelle soit rémunéré à une valeur raisonnable et standardisée. L'utilisation ne devrait toutefois jamais être interdite à quiconque pour autant. Après tout si Bell développe une technologie et qu'en l'utilisant Vidéotron verse des royautés à Bell en retour, personne n'est perdant.

Il serait bien intéressant de savoir si des technologies révolutionnaires sont gardées sous secret grâce à ces lois. Uniquement pour les voir bénéficier l'économie mondiale, il en vaut pleinement la peine de considérer cette transformation.

Après tout une économie fondée sur le savoir mais où ce savoir est confidentiel est un oxymoron ambulant, prèt à une combustion spontanée causée par un niveau de contradiction plus sévère que le terme «science politique» ne pourrait jamais l'être.

L'histoire des États-Unis en un nuage

Avant de poursuivre sur cet éditorial qui ne devait au départ n'être que quelques lignes sur un projet intéressant, visitez cet incroyable application Flash présentant l'histoire politique américaine d'une façon unique et jamais vue: US Presidential Speeches Tag Cloud.

L'histoire du Québec et du Canada suit assez fidèlement celle des États-Unis. Quand l'Amérique prend la grippe, on tousse avec. On suit les mêmes cycles économiques, les grands projets politiques se suivent de près et nos cultures sont miroir à bien des points de vue. Il y a certes des différences culturelles mais les ressemblances sont quand même beaucoup plus nombreuses.

Alors voir une partie importante de l'histoire politique des États-Unis en un coup d'oeil est très intéressant, parce que ça rappelle beaucoup des débats et événements importants depuis les colonies établies dans le nouveau monde. Du passage des colonies aux débats sociaux qui ont transformé nos sociétés arriérées, dénudées de la culture européenne et devant recommencer à zéro sur un nouveau territoire, notamment l'esclavage et les droits de la personne, les grandes guerres, la grande dépression et la progression des grands enjeux des différentes époques, nous avons partagé beaucoup de ces réalités avec les États-Unis et elles sont une grande partie de notre histoire.

Dans bien des cas elles sont une partie plutôt négative de notre histoire, mais il est difficile de nier que nous serions probablement encore arriérés sans le développement de la technologie et des industries modernes aux États-Unis. Le Canada et le Québec ont vu leur part d'innovateurs, d'entrepreneurs rejettant les paradigmes et faisant progresser nos sociétés. Mais nous sommes toujours le petit frère, incapables de progresser seuls sans un bon coup de pouce.

J'ai bien hâte que ça change et que le Québec soit beaucoup autonome de son propre progrès. Je me tourne vers l'avenir avec le Manifeste Pour un Québec moderne et veut générer des transformations dans notre société au caractère trop modeste pour son talent immense et son fort sentiment de communauté.

En attendant un retour en arrière évoque beaucoup sur le progrès de notre société. L'origine de tout ce discours est un projet incroyable que j'ai trouvé grâce au bijou de découverte qu'est PopUrls, une visite quotidienne unique pour comprendre comment le monde se développe: un nuage des concepts utilisés dans les discours présidentiels américains depuis le début de la nation, présentés en fonction de l'importance des termes et leur passage avec le temps.

Ce projet incroyable n'est pas le fruit d'un gros département de recherche universitaire ou un institut financé à coups de millions pour répéter les banalités de philosophes décédés depuis longtemps. C'est le projet d'un blogueur de l'Indiana qui publie une bédé Web. Thomas Friedman est un idiot qui ne comprend pas grand chose du monde réel, vivant dans la bulle du 1% des plus aisés de la planète et ne fréquentant que ses pairs économiques. Mais le terme qu'il a utilisé dans son livre du même nom tient une grande part de réalité: le monde s'applatit. Contrairement à ce M. Friedman argumente, le monde n'est pas plat. Mais il s'applatit certainement à grande vitesse.

Travail impeccable et d'une richesse ridiculisant les départements de "science" politique, trop occupés à pondre des briques incohérentes de mille pages qui auraient pu être réduites à un résumé de trois pages. Un volume d'information incroyable dans une présentation impeccable et un style simple et ergonomique.

Le vice-président américain est un attardé mental

Et pendant qu'on a tous les droits de chialer contre nos politiciens incompétents qui travaillent sur les exacts même problèmes que leurs prédécesseurs travaillaient il y a 2 générations, plus plusieurs autres, on peut se réjouir que la situation est bien pire ailleurs.

Aux États-Unis par exemple, le président est un imbécile et le vice-président est un attardé mental sanguinaire.

C'est pas fort ce qu'on a au Québec et au Canada en politique, mais on s'en sort quand même pas mal mieux qu'à bien des endroits.

Où je veux en venir? On part d'un peu moins loin que beaucoup de sociétés si on essaie de moderniser notre modèle social. On tire sèvérement de la patte économiquement et politiquement nos leaders c'est pas fort, mais ils sont justes fades et sans vision. C'est à peu près la même réalité partout mais plusieurs sociétés font face à des obstacles majeurs qui les rejettent en arrière.

J'espère juste que ça puisse être un point de motivation pour un intérêt envers un nouveau de projet de société. Savoir que nos politiciens ont une légère avance sur beaucoup d'autres, c'est un peu encourageant. Non?

Poker et politique

Est-ce qu'on peut en vouloir à un joueur de poker qui a gagné la partie en bluffant? Évidemment non, ça fait partie des règles du jeu. C'est facile de démontrer que les politiciens sont des menteurs incompétents, mais en réalité ils ne font que réagir selon les règles du jeu. Après tout il n'y a pas d'école de politiciens. Nos élus ne sont pas plus préparés à diriger une société qu'ils ne le sont à réparer un paquebot. Faut-il s'étonner qu'ils fassent un mauvais travail alors que les règles d'accès à la politique n'ont rien à voir avec le travail qu'on y fait? Ca ne fait pas beaucoup plus de sens que s'il fallait gagner un tournoi de scrabble pour être élu à la cour suprême.

Le jeu politique pousse à la stupidité et n'est pas fait pour fonctionner dans une société moderne. Les règles d'accès au monde politique sont essentiellement les mêmes qu'elles étaient au début de la démocratie moderne. Aucun encadrement, à peu près aucune responsabilité exigée des politiciens et un ensemble de procédures qui protègent ceux qui corrompent le système à leur avantage, notamment le privilège de la confidentialité ministérielle.

Mais je trouve presque inutile de parler contre les policitiens à ce sujet, même si je le fais abondamment. Ils ne font que ce qui marche. Ca marche tout croche, ça donne des résultats pourris, mais ça marche. La majorité des politiciens sont réélus et il n'est pas vraiment nécessaire d'avoir le moindre projet avant d'être élu. Tout se décide après.

Ca prend certaines aptitudes pour être élu, d'autres pour en assumer la responsabilité. On élit des beaux parleurs sans substance et on s'étonne ensuite que ce soit tout ce qu'ils font une fois élus: parler des beaux projets qu'ils vont mettre en branle mais sans vraiment savoir comment ni pourquoi. C'est ce que les électeurs veulent, ou du moins ce que les communicateurs politiques disent qu'ils veulent. On ne le sait pas vraiment, mais c'est trop compliqué d'essayer de le savoir. Après pas ce n'est pas comme s'il existait un réseau universel accessible par tous les citoyens...

Peut-être ça serait mieux si on exigeait que les candidats aient des projets concrets avant d'être élus. Peut-être si les élections étaient mieux encadrées de sorte que la politique y soit le facteur le plus important, non pas le marketing.

Ca ne sert pas grand chose de se fâcher contre celui qui a gagné la partie en bluffant. Ca fait partie des règles du jeu.

Et depuis quand les règles du jeu ont changé en politique? 2500 ans... ? Celles qui marchaient à cette époque marchent encore aujourd'hui en tout cas.

 
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