Susceptible d'être un cynique mélange d'idées, de nouvelles sur les travaux intéressants (si j'en trouve) de nos gouvernements et d'élans philosophiques aussi sarcastiques que provocateurs, j'espère que je pourrai déranger notre culture politique, aussi amorphe que le sens de l'humour de Stephen Harper.

mercredi, octobre 18, 2006

On ne travaille pas assez? Non, on travaille mal

Beaucoup d'encre et de salive coulent suivant les mots de Lucien Bouchard, déclarant qu'au Québec on ne travaille pas assez. La réponse est particulièrement intéressante puisque la question elle-même n'a que peu d'importance. Qu'on travaille beaucoup ou peu n'a qu'une incidence marginale sur la productivité individuelle. Qu'on travaille mal, par contre, a une incidence majeure.

Tous les économistes connaissent la courbe des rendements marginaux décroissants, mais peu sont enclins à l'appliquer sur le travail individuel. Pourtant la baisse de performance en fonction des heures travaillées est marquante. Il est déjà bien reconnu que la fatigue a un effet au moins aussi sévère sur le jugement que l'alcool et les conditions du monde du travail moderne ne se prêtent plus du tout au vieux calcul de la capacité du travail selon l'effort physique.

Un individu peut travailler physiquement avec intensité pendant de longues heures, chaque jour, pendant toute sa vie. C'est ce qu'ont fait la grande majorité de nos ancêtres. Le dur travail physique, souvent toute la journée, pendant toute une vie, est le sort réservé à la plupart des humains qui nous ont précédé. L'humain est capable de courir pendant toute une journée et recommencer le lendemain sans difficulté.

Bien sur cela exige une grande forme physique, et c'est justement ce que le travail physique apporte. L'exercice accroit la force, la résistance et l'endurance des muscles avec une certitude uniquement contredite dans le cas de maladies, troubles génétiques, carences ou infections. L'habileté mentale croit également avec l'exercice, mais l'endurance est limitée dans toutes les conditions. Travailler mentalement au-delà d'un certain nombre d'heures devient une perte de temps rapidement. Il est largement préférable de travailler bien, efficacement, ergonomiquement et avec tous les outils pouvant aider.

La plus importante habilité humaine fut de donner au travail de chaque individu plus de pouvoir. Dans certaines industries, les travailleurs ont des outils leur permettant de faire le travail de plusieurs centaines. L'ardeur du travail a très peu à voir dans le contexte économique moderne. C'est l'efficacité de chaque individu, qui est loin d'être optimale dans une situation de stress, qui est cruciale et apporte des ordres de différences, plutôt que des additions marginales. Et tout le monde est déjà assez stressé comme ça.

Le passage à une économie hautement technologique ne semble pas intéresser grand monde pour le moment, mais c'est notre futur. Les vieilles industries québécoises ne nous donneront pas les moyens économiques de vivre au 21e siècle. C'est dans la haute technologie, où le travail de chaque individu créé davantage de richesse que le travail de centaines dans les vieilles industries, que nous avons la solution à notre stagnation économique. Les marchés à très haute teneur en science et technologie sont encore rares et prendre une position dominante assurerait un avantage majeur sur plusieurs générations.

Qu'il s'agisse de développer de nouveaux matériaux, de nouvelles sources d'énergie ou de production manufacturière, il y aura toujours un marché pour l'accroissement de la productivité, de l'efficacité et de l'efficience. C'est un marché sûr et un futur beaucoup plus stable et porteur que nos industries actuelles. L'innovation trouvera toujours des acheteurs.

Avec des systèmes avancés d'informatique et de télécommunication, le problème des régions serait du même coup réglé. La recherche n'a besoin que d'information et d'équipement, qui ne nécessitent aucunement la densité urbaine des métropoles. Les régions bénéficieraient grandement de la haute technologie, souvent entièrement commercialisée en information et ignorant les barrières géographiques.

Travailler plus? Inutile. Travailler mieux est beaucoup plus avantageux.

 
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